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Ma monographie
«Il faut danser la vie»
                31 janvier 2009 - PROPOS RECUEILLIS PAR DIDIER CHAMMARTIN  
DéVELOPPEMENT de PERSONNE
Le créateur de la biodanse, le Chilien Rolando Toro Araneda, était de passage en Suisse. A 85 ans, l'anthropologue dépense toujours son énergie pour que le monde soit un jour meilleur.
Rolando Toro Araneda: «La danse active la sensation émouvante d'être vivant.» LE NOUVELLISTE

C'est en remarquant que l'état des malades atteints de troubles psychiques s'améliorait quand il leur faisait ressentir physiquement leurs émotions sur des rythmes musicaux bien choisis que le professeur Rolando Toro posa les premiers concepts de la «psychodanse». C'était en 1960. Rebaptisée «biodanza» en 1977 - lorsque cette technique devint «un chemin pour rencontrer la joie de vivre» accessible à tous - cette méthode s'est répandue dans le continent sud-américain, l'Europe et maintenant l'Afrique.

De passage en Suisse, entre un voyage entre la Tanzanie et le Portugal, le professeur Rolando Toro a toujours un rêve dans ses yeux d'enfant rieur, que le monde soit un jour meilleur. Utopie? Peut-être si le cynisme l'emporte, non si l'homme décide d'évoluer, de grandir. 10 000 personnes sont déjà adeptes de la biodanse. Pour Rolando Toro, il faudrait une masse critique d'un million de personnes pour assister à un changement. Il y croit.

Comment décririez-vous la biodanse, c'est une thérapie physique, un système pour évoluer, des exercices créatifs, une pratique spirituelle?

Il est difficile de définir la biodanse comme il est difficile de définir l'amour. La biodanse possède une dimension thérapeutique, une dimension éducative. Je dirais que la biodanse est la poétique de la rencontre humaine. Son objectif central est le lien entre les humains, un lien affectif. D'où son importance dans un monde où l'amour est en crise, dans un monde où l'on a perdu la signification de l'existence. Je pense que notre civilisation est gravement malade.

Comment le monde en est-il arrivé là?

La violence se manifeste entre les humains au niveau de la famille, la violence est urbaine aussi, elle est guerrière et d'une cruauté obscène. Notre style de vie est complètement aliéné. Notre civilisation génère 1500 maladies dites maladies de civilisations. La difficulté d'aimer et d'être aimé est ostensible. La solitude, le stress, la dépression sont les états les plus fréquents de l'homme civilisé.

Quelle a été votre recherche?

De cette vision du monde et non content avec cette civilisation, j'ai cherché des chemins pour produire des changements et intervenir sur ces maladies. La biodanse n'est pas une alternative à la médecine, c'est un continuum des sciences humaines avec toute la rigueur académique. J'ai formulé le principe biocentrique qui signifie la vie au centre. Le principe biocentrique constitue le paradigme qui pourrait servir de fondement aux sciences humaines du futur: éducation, psychologie, jurisprudence, médecine et psychothérapie.

Le principe biocentrique place le respect de la vie comme centre et point de départ de toutes les disciplines et comportements humains. Il rétablit la notion de sacralité de la vie. Il s'inspire de l'intuition d'un univers organisé en fonction de la vie. Tout ce qui existe, éléments, étoiles, plantes, animaux et êtres humains sont les composants d'un système vivant plus vaste. L'univers existe parce que la vie existe et non le contraire. Les relations de transformation matière-énergie sont des états différents d'intégration de la vie. L'objectif éducationnel serait d'apprendre à vivre.

Les autres moyens de transcender l'humain ne fonctionnent pas pour vous?

Les méthodes thérapeutiques et méditatives sont de grande valeur, elles peuvent harmoniser avec le cosmos, supprimer les angoisses par exemple. Mais le corps et les sentiments ont été les grands absents des thérapies. Ceux-ci n'ont été réintégrés que récemment, longtemps, l'être humain n'était qu'un cerveau qui pense.

Pourtant, les méthodes thérapeutiques et éducationnelles se sont montrées incapables de produire un changement dans le sens d'humaniser le monde. Les institutions on connu l'échec par rapport aux protections des droits humains et des droits écologiques.

Les écoles enseignent les dates des guerres, les dates des invasions des peuples, cela veut dire que l'on enseigne l'histoire de la misère humaine. Les élèves sortent de l'école sans connaître Léonard de Vinci, Jean-Sébastien Bach, les grands progrès de la médecine, les grands poètes. Dans les écoles, la grandeur humaine n'est pas enseignée.

Qu'apporte alors de plus la biodanse?

La différence c'est que la biodanse fait exister l'autre en donnant la permission à l'être humain d'aimer et d'être aimé. Elle est l'intégration de l'affectivité avec l'intelligence par une méthodologie «viventielle», le principal étant de ressentir la réalité de la vie dans les relations humaines en utilisant des exercices, de la danse avec de la musique et des situations de rencontre. La biodanse est composée de cinq cents exercices qui permettent de stimuler cinq grandes potentialités humaines: la vitalité, la créativité, l'affectivité, la sexualité et la transcendance. Elle permet de récupérer l'équilibre interne, l'allégresse, la joie de vivre et d'élever les niveaux de santé, d'augmenter le potentiel de plaisir et de joie au travers d'exercice de rencontres et de caresses. C'est la partie qui fait trembler les hypocrites.

Parlons justement de la sexualité...

Le contact physique doit être progressif, réciproque et plein de sensibilité. La personne doit assumer ses instincts sexuels et abandonner les mensonges qui existent sur la sexualité et qui découlent des idéologies.

... Qui découlent des idéologies?

Oui, qui font croire que la sexualité induit des détériorations sociales. Que nous devons avoir un sentiment de culpabilité et que les gens pourraient s'abandonner à des désirs orgiaques. Mais rien de cela ne peut arriver et rien de cela n'est vrai dans la biodanse. La sexualité a une connotation de pureté et d'amour.

Vous parlez de la créativité, de l'affectivité et de la transcendance...

Développer la créativité pemet de développer la capacité à l'innovation aussi bien dans l'existence que dans le domaine artistique. L'être humain doit apprendre à s'exprimer dans l'action. Développer l'affectivité c'est développer la capacité du lien, l'amitié, l'empathie et l'amour. C'est éliminer les préjugés racistes et discriminatoires à tous les niveaux. Transcender son ego c'est découvrir la sacralité de la vie. La personne égocentrique tourne autour de soi-même, est incapable d'apercevoir le lien essentiel avec son semblable. La transcendance stimule l'expansion de la conscience. La biodanse offre à l'être humain ce dont il a le plus besoin: la santé, le plaisir, l'innovation, l'amour et l'intégration à l'univers.

Que pouvez-vous répondre à ceux qui assimileraient la biodanse à une forme de secte?

La biodanse est libre d'idéologie, n'est attachée à aucune. Pour la comprendre il faut la vivre et pas seulement l'étudier.